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Le revue Nature met fin à la polémique sur l'origine de la Caulerpa


La prestigieuse revue Nature (www.nature.com) a publié le 9 Novembre 2000 une étude génétique prouvant que les hypothèses soutenues par l'aquarium de Monaco et Science et Vie sont fausses : la caulerpa taxifolia Méditerranéenne ne vient pas de la Mer Rouge.

Cette étude prouve aussi que la caulerpa taxifolia découverte en Californie en Juin 2000 est bien la même que celle qui envahi la Méditerranée, c'est la même caulerpa que celle des aquariums. La catastrophe prends désormais une dimension mondiale.


Article polémique dans Science et Vie de janvier 2000
Qui à intérêt à minimiser l'expansion de la Caulerpa et ses conséquences ?
Les fondements des dernières dérives médiatico-scientifiques sur la Caulerpa


Introduction

Extension de l'algue Caulerpa taxifolia en Méditerranée :

1984 1990 1992 1994 1997 2010
1 m2
(Monaco)
3 ha
(dont 2 à Monaco)
427 ha 1360 ha 4630 ha 20 000 ha (?)


Cette progression s'explique :
Caulerpa taxifolia est un clone génétiquement diffèrent des populations connues, d'origine aquariologique, très résistante au froid. Elle est susceptible de coloniser la quasi totalité des types de fond du littoral et il n'existe pas de prédateur sérieux en Méditerranée.
Ses capacités exceptionnelles et sa forte extansion représentent une grave menace pour: l'herbier de posidonies - la faune et la flore - la pêche - la plongée sous-marine.

Les Journalistes Frank Jubelin et Didier Dubrana, se sont illustrés ces dernières années par des articles polémiques sur l'affaire Caulerpa taxifolia. Jubelin a commencé dès 1992, avec deux articles comprenant de nombreuses erreurs d'analyse et de partialité (publiés dans la revue Thalassa de mai et décembre 1992) qui ont imposé au rédacteur en chef deux articles de mise au point et de droit de réponse (Thalassa février et avril 1993).
Jubelin et Dubrana se sont ensuite exprimés dans Science et Vie (décembre 1997 voir réponse de Denis ODY) où ils exposent des arguments erronés. Les opinions de Jubelin et Dubrana viennent de nouveau faire l'objet d'un article polémique dans Science et Vie (janvier 2000).

L'analyse de ces articles permet de montrer avec précision d'une part combien de fois il se sont trompés quand ils ont pris la plume sur ce sujet et d'autre part qui leur dicte leurs opinions et leur fourni les documents polémiques.


1. Pour Jubelin Caulerpa taxifolia était mal identifiée.

En parlant de l'algue et en évoquant sa détermination par le Pr Meinesz, le journaliste Franck Jubelin a déduit en mai 1992 "Elle est décrite comme "taxifolia" par un non spécialiste" (Thalassa mai 1992, n° 59).
Dans le même article intitulé "Caulerpa anonyma", il insiste et conclu après avoir analysé "de nombreuses publications" : "Pour l'instant, nous ne savons pas si la caulerpe en question est bien de l'espèce taxifolia".

En décembre 1992 (Thalassa, n° 65), il persiste en prenant soin de désigner l'algue dans son article : la caulerpe dite "taxifolia". Pour argumenter son interrogation, il dit avoir mené une enquête : "Ainsi, comment savoir avec certitude si l'algue verte qui se répand en Méditerranée est bien taxifolia ? Il faut vous adresser à un taxinomiste (un spécialiste de l'identification des algues ndrl), m'indique le biologiste marin Jean Jaubert, directeur de l'observatoire océanologique européen de Monaco" (Thalassa, décembre 1992).

Jubelin s'était trompé et avait mal été conseillé. En 1997 et 1999, dans deux articles parus dans Science et Vie, il se résigne finalement a parler avec justesse de Caulerpa taxifolia.


2. Pour Jubel in et Dubrana, l'arrivée de l'algue à Monaco est le fruit de métamorphoses de caulerpes venant de la Mer Rouge.

Jubelin privilégie dès 1992 la théorie dite de la métamorphose des Caulerpes venant de la Mer Rouge qui est alors déjà défendue par Jean Jaubert auprès des médias. Après un long raisonnement dont il est le spécialiste, entrecoupé de citations de ses conseillers scientifiques monégasques, il conclu sous le sous titre "la reine des métamorphoses" :
"Compte tenu des fortes possibilités de métamorphoses de la caulerpe, sa description ne saurait suffire. Son identification n'est donc pas pour demain ". (Thalassa, décembre 1992).
Pour infirmer l'hypothèse, développée par Meinesz en 1992, du clone sélectionné par hasard par le commerce aquariologique (cité tel quel par Jubelin en décembre 1992), il cite l'opinion de son scientifique de référence :
"l'hypothèse du clone résistant est improbable pour au moins deux raisons, rétorque Jean Jaubert. En aquarium la taxifolia ne se multiplie que par reproduction asexuée. Or seule la reproduction sexuée permet de constituer une population génétiquement hétérogène et susceptible de comprendre quelques individus mutants".
En 1997, Jubelin et Dubranna présentent toujours la théorie de la métamorphose (Science et Vie décembre 97) en rappelant qu'elle fa l'objet d'une publication scientifique par la prestigieuse Académie des Sciences signée Jean Jaubert (Comptes rendus Académie des Sciences, Sciences de la Vie, 318: 1219-1226).

Dubrana, Jubelin et leur conseiller scientifique se sont trompés. L'analyse génétique infirme la théorie de la métamorphose des Caulerpes (Olsen et al, 1998 paru dans Journal of Phycology) et démontre que les populations de Caulerpa taxifolia sont bien représentées par un clone d'origine aquariologique. (Jousson et al 1998 paru dans Marine Ecology Progress Series ).
Des témoignages très clairs contredisent aussi les hypothèses de Science et Vie:

    - Le témoignage de Denis ODY (ancien de l'équipe Cousteau, actuellement chargé de programme au WWF).
    - Bernard LAFAURIE (actuellement adjoint à l'environnement à la mairie de Nice) a dit dans le Thalassa du 4 fevrier 2000, qu'il avait bien vu entre 1984 et 1988 une première tache de caulerpa juste sous les fenêtre du Musée Océanographique de Monaco.
La publication de Jaubert à l'Académie des Sciences fait l'objet d'une contre publication du Pr Meinesz (comptes rendus Académie des Sciences, Sciences de la Vie, 319 : 281-286) qui démontre que la publication de Jaubert contient des "modifications du nombre d'échantillon et des sélections de données" et des "erreurs" permettant à ses auteurs d'étayer l'hypothèse que la Caulerpa taxifolia méditerranéenne est une migrante Lesseptienne et donc ne pourrait pas venir de Monaco.


3. Jubelin et Dubrana troublent le débat en introduisant des sujets polémiques qui n'ont plus rien a voir avec la Science.

Dès mai 1992 : pour asseoir ses théories, Jubelin cherche des motivations mercantiles a ses contradicteurs.
D'après Jubelin "pour certains, le remue ménage autour de l'algue serait à la recherche scientifique ce que les fausses factures sont au financement des partis politiques" (Thalassa, mai 1992).
De la naît une idée qu'il exprime dans un encart : Meinesz a créé toute l'affaire par jalousie envers Jaubert. (Thalassa, décembre 1992).
Ainsi d'après Jubelin "Le laboratoire Environnement marin littoral, dirigé par le professeur Alexandre Meinesz, depuis longtemps en pointe dans la recherche sur la posidonie et auteur du retentissant cri d'alarme sur la caulerpe, n'étant pas classé par le ministère de la recherche, son directeur doit assurer le financement complémentaire grâce a des subventions locales. D'ou l'intérêt vraisemblable d'une sensibilisation des autorités sur les dangers de la Caulerpe".
C'est une erreur, le laboratoire de Meinesz était alors bien classé par son Ministère de tutelle. Dans Thalassa sont parus deux démentis : un de Jaubert et un de Meinesz, et deux critiques d'un chercheur du CNRS et de l'IFREMER (Thalassa février 1993, n° 66 et avril 1993, n° 68). Jubelin avait mal interprété une lettre que Jaubert lui avait confiée (Thalassa N° 68).

Dans le même registre Jubelin et Dubrana (Science et Vie, décembre 1997) croient découvrir que par astuce et grâce à divers réseaux d'influence, les équipes du GIS Posidonie on touché aisément un jackpot financier de l'Europe pour couvrir royalement leurs frais d'études sur la Caulerpa en émargeant dans des conditions douteuses a une commission (la DG11) et en prenant soin de ne jamais postuler à la commission recherche (la DG12).

De nouveau Science et Vie s'est trompé: le GIS Posidonie a bel et bien postulé avec une vingtaine de laboratoires a la commission recherches de l'Europe (DG12). Il n'y a eu aucune irrégularité et aucune remarque n'a été formulée au GIS Posidonie pour la gestion des fonds qui a été confié par l'Europe.


4. Jubelin et Dubrana remettent en cause l'expansion de la Caulerpa.

En 1997 (Science et Vie, décembre 1997) Jubelin et Dubrana examinent un confetti des fonds marins de Menton avec le renfort d'un huissier de justice. Ils constatent que la Caulerpa n'y est pas présente contrairement à ce que dit un rapport produit par l'IFREMER quelques années auparavant. Ils en déduisent que toutes les cartes de l'IFREMER sont globalement considérées comme "erronées" ce qui autorise Jubelin a laisser planer un doute sur l'étendue réelle des Caulerpes.

Janvier 2000 : de nouveau l'examen d'une petite parcelle des fonds marins de Menton à partir d'un extrait modifié d'une des cartes préliminaire non publiée de l'IFREMER (sans demander l'autorisation aux auteurs des cartes : Belsher T et Houlgatte E., sans faire état des logos ni des droits de copyright) est l'occasion pour les journalistes de Science et Vie de mettre en doute toute la cartographie de l'étendue de la Caulerpa officiellement publiée par l'IFREMER ou le GIS Posidonies.
Les journalistes citent leur conseiller scientifique Jaubert à l'appui :
"Les données dont je dispose suggèrent que la superficie des fonds densément colonisés a été très fortement surestimée. En fait, j'ai de très bonnes raisons de croire que la majeure partie de ces caulerpes (peut-être près de 90 %) n'existe pas".(Science et Vie, janvier 2000, p. 98).
La méthode est toujours la même : chercher une petite erreur sur une carte (parfois non officielle) pour en faire une généralité et mettre en doute toute la cartographie de l'expansion de la Caulerpa en Méditerranée publiée par des organismes officiels comme le GIS Posidonies, l'IFREMER, l'ENEA, l'ICRAM et 6 Universités de 3 pays Méditerranéens.
Dubrana peut ainsi donner le ton général à son article :
"Contrairement aux idées reçues, l'arrivée de cette algue tropicale en Méditerranée n'est pas une catastrophe écologique. Non seulement elle ne menace pas la faune et la flore, en particulier les Posidonies, mais en outre l'ampleur de son expansion a été considérablement surestimée." (Science et Vie, janvier 2000 p. 95).
Dubrana se trompe, 90% des scientifiques ayant publié sur la Caulerpa ont un avis contraire :
"Le risque le plus grave que fait courir C. taxifolia est un bouleversement de l'équilibre écologique" (conclusion de l'atelier sur les Caulerpa organisé par le Programme des Nations Unies pour l'Environnement à Héraklion en 1998).
C'est aussi en ce sens que concluent tous les autres colloques scientifiques sur Caulerpa qui ont réunis des centaines de chercheurs (1994 et 1996 Barcelone - 1997 Marseille - 1997 Académie des Sciences - 1999 Lerici - Documents consultables à l'IFREMER).
De nombreux témoignages contredisent aussi les analyses de Science et Vie.


5. Dubrana implique le Comité d'Ethique du CNRS (COMETS)

Dans Science et Vie de janvier 2000 les journalistes rendent publique une lettre du président du comité d'éthique du CNRS (le COMETS) adressée à Jean Jaubert où le président COMETS (le Pr Jolliot) écrit :
"De plus en ce qui vous concerne, un colloque de l'Académie des Sciences a d'ores et déjà infirmé l'accusation de fraude scientifique dont vous avez fait l'objet."
Le président du COMETS se trompe, il a probablement commis une maladresse involontaire. En effet, aucune allusion à cette histoire de fraude n'est mentionnée et aucun jugement n'a été rendu lors du colloque de l'académie des sciences de mars 1997 (actes publiés aux Editions Tec et Doc 1997).
Jaubert savait obligatoirement que Mr Joliot se trompait ; il a malgré tout osé transmettre cette lettre à Dubrana et à ainsi mis en cause le COMETS.
Notre association vient de demander à Mrs Allègre et Jolliot et Mme Bréchignac (directrice du CNRS) de prendre position et de trancher enfin l'affaire de l'accusation de fraude évoquée par le président du COMETS envers Jaubert ainsi que cette nouvelle dérive polémico-médiatique provoquée par Jaubert.


Conclusion

Jean Jaubert est l'auteur d'une tirade très "éthique" à la conférence de presse du fameux colloque de l'Académie des Sciences sur Caulerpa taxifolia de mars 1997.
"En ce qui me concerne, je n'ai absolument pas eu recours aux grands médias pour faire des "révélations tapageuses" ou proférer des accusations. Mes études sur Caulerpa ne représentent que 10% de l'activité du Laboratoire et ont uniquement fait l'objet de publications scientifiques, notamment dans Nature. Le comportement de mon équipe n'est donc pas criticable" (Tirade publiée par l'Académie des Science dans les actes du colloque p. 363 ).
Ce même Jean Jaubert a voté, en tant que représentant officiel de la Principauté de Monaco, les conclusions et recommandations émises par l'ensemble des scientifiques représentant les pays Méditerranéens réunis sous l'égide des Nations Unies lors d'un atelier sur les espèces Caulerpa invasives (PNUE-PAM -Héraklion mars 98).
Dans les conclusions on pouvait lire : "les participants de l'atelier conviennent que le risque le plus grave que fait courir C.taxifolia est un bouleversement de l'équilibre écologique".
Donc devant des scientifiques compétents, Jaubert serait respectueux de l'éthique et reconnaîtrait la dangerosité de l'algue alors que devant des journalistes moins bien informés ses opinions se métamorphoseraient.

Derrière ces polémiques à répétition, des intérêts doivent s'exprimer par des réseaux structurés : tout semble montrer que la Principauté de Monaco fait tout ce qu'elle peut pour se dédouaner de la responsabilité de l'introduction de l'algue à Monaco et fait tout ce qu'elle peut pour dire que ce n'est pas grave.

Sans traitement rapide et ferme de cette affaire d'Etat par le COMETS, non seulement, il y aura de nouveaux rebondissements médiatiques et juridiques incontrôlables mais la science française, maintenant concernée a tous les niveaux (Universités, IFREMER, CNRS et Académie des Sciences), sombrera dans ce bourbier et sera dévalorisée aux yeux de la communauté scientifique internationale maintenant largement informée des dessous de cette affaire rocambolesque par la publication aux Etats Unis d'une version à jour du "Roman noir de l'Algue tueuse" du Pr A. Meinesz (Editions Belin) sous le titre Killer Algae (Chicago Press University).



L'Ifremer a fait une réponse à Science et Vie.