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Explications historiques et scientifiques sur le phénomène

L'algue tropicale Caulerpa taxifolia, a été introduite en 1984 dans les parages du Musée océanographique de Monaco (voir témoignage de Denis ODY).
22 Octobre 1998, il est désormais scientifiquement établi que cette algue est un clone génétiquement diffèrent des populations connues de la Caulerpa taxifolia des régions d'origine. Elle est identique à celle présente dans les aquariums de Sttutgart, Nancy, Monaco , Hawai, Tokyo.
Son nom devra donc changer ; pourquoi pas Caulerpa GODZILLA ? puisqu'il s'agit d'un monstre !
Jusqu'à présent le service de recherche et l'aquarium de Monaco réfutait l'hypothèse d'une évasion de ses bacs et affirmait qu'il s'agirait d'une caulerpe métamorphoséee venant de la Mer Rouge qui se serait implantée toutes seule à Monaco sans s'arrêter sur les 4000 Km qui sépare Monaco du Suez.
Cette hypothèse relève désormais de la magie...


Gros plan sur la Caulerpa GODZILLA
Photo : P. Francour (GIS Posidonie) ©


A ce jour des peuplements de cette algue sont connues dans 5 pays : Monaco, la France, l'Italie, l'Espagne (Baléares) et la Croatie. D'un seul hectare en 1989, les surfaces atteintes fin 1997 étaient de 4630 ha. L'espèce présente donc une expansion très rapide en Méditerranée. Mais alors, comment a-t-elle pu sauter de Monaco, de la France ou de l'Italie pour se retrouver en Croatie ou au Baléares ?
Ce n'est pas par la reproduction sexuée (jamais observé), l'algue étant un individu mâl cloné indéfiniment, ce n'est pas par le biais des courants car les petits bouts de cette algue ne flottent pas. Par contre, ces petits bouts peuvent survivre pendant longtemps (plus d'une semaine) accrochés à une ancre, un filet ou... dans un sac de plongée humide !
La dissémination sur de longues distance s'effectue donc par le biais des ancres des navires et les engins de pêche ; une fois remise à l'eau l'algue se bouture et recommence à pousser !



Eponge officinales étouffée par la Caulerpa
Photo : D. Luquet ©


Les nombreuses études scientifiques qui ont été réalisées en Méditerranée ont montré que cette invasion "représentait un risque majeur pour la biodiversité, les équilibres écologiques et les ressources exploitées" ; ce sont les termes exacts adoptés par les scientifiques lors d'un colloque international qui c'est tenu à Barcelone, en Espagne, en Décembre 1994puis à Héraklion en 1998 sous l'égide du Programme des Nations Unies pour l'Environnement.
Pourquoi ?
Parce que cette algue, jusqu'alors inconnue sur nos côtes, présente une vitesse de croissance bien supérieure aux autres algues de Méditerranée, elle ne cohabite pas avec les autres espèces, elle les remplace.
Cette fantastique capacité invasive (les scientifique emploient le terme de "compétition") est accentuée par le fait que Caulerpa taxifolia recèle d'importantes quantités de toxines ! Pas de panique, à ce jour, ces mêmes scientifiques n'ont jamais mis en évidence de problème pour la santé humaine (donc pas de danger de petits boutons au sortir de l'eau) ;



Photo : GIS Posidonie ©


"l'algue tueuse" est une invention des journalistes et elle n'a jamais tuée personne.
Les toxines, qui font parties des armes chimiques de beaucoup de végétaux (voir à ce sujet les excellents livres de M. Jean-Marie Pelt), sont un avantage important de l'algue ; elle n'est consommée par pratiquement aucune espèce animale qui de ce fait ne peuvent pas réguler ses peuplements et donc ralentir sont expansion.

Si l'on se résume : elle pousse vite, fait le vide autour d'elle, n'est mangée par personne.

Du coup, la faune qui vivait habituellement à l'endroit où elle se met à pousser préfère déménager sous des cieux plus cléments : total, moins d'espèces de la flore, moins d'espèces de la faune, c'est seulement Caulerpa taxifolia que l'on retrouve sur les fonds. C'est ce que l'on appelle une baisse de la bio-diversité. Une seule espèce (Caulerpa taxifolia) domine, des centaines d'autres régressent. Bien sûr c'est simplifié, mais si vous interrogez les scientifiques (voir pages liens) sur ce sujet, ils seront probablement intarissable sur les conséquences pour tel ou tel groupe d'espèces, pour tel ou tel phénomène.



Gorgone jaune étouffée
Photo : D. Luquet ©